UNE FAMILLE d’origine bretonne: les BÈGUE.

André Maurice, je me trouve en ce moment dans le cirque de Mafate pour ce qui est la 1ere de mes excursions dans l’Ile depuis longtemps. Le Cirque le plus inaccessible de notre île a été peuplé par les noirs marrons qui s’y sont réfugiés au 18ème et début du 19ème siècle, fuyant les habitations où ils subissaient les mauvais traitements et surtout étaient privés du droit humain le plus essentiel celui dela liberté. Ils y retrouvaient là un semblant de liberté comme dans leurs anciens pays d’origine Madagascar ou l’Afrique.
Pourtant peu de noms de famille sont parvenus jusqu’à nous et les familles les plus répandues sont les THOMAS et les BÈGUE.

J’ai choisi de parler cette semaine du patronyme BÈGUE.

A l’origine le 1er venu dans notre île était un jeune breton natif du village de Pont-Croix en Finistère à quelques dizaines de km de Quimper et s’appelait Yves LE BÈGUE.
En fait son acte de baptême donne le nom de LE BESQ et quand on sait que "QUE"et "GUE" sont très proches sur le plan phonétique, on ne s’étonne guère que le nom soit devenu LE BÈGUE.
Baptisé le 1.11.1684 en l’église paroissiale de Pont Croix, il était le fils de Jacques LE BESQ et de Jeanne LE GOUILL.
Très tôt orphelin de père, il grandit et en cette fin de règne de Louis XIV, entendit sûrement parler des colonies qui s’ouvraient au peuplement et décida de tenter sa chance.

Il prit donc la mer et débarqua en avril 1708 à Bourbon. Installé à St Denis, il y fit connaissance avec un autre vieux breton installé lui depuis près de 40 ans dans l’Ile, Noël TESSIER originaire d’Elven près de Vannes en Morbihan et qui avait épousé la 1ère femme née à Bourbon la créole malgache Anne MOUSSE, fille d’un couple malgache du début du peuplement Jean MOUSSE et Marie CAZE.

Le 12 janvier 1710 le jeune Crucipontain Yves LE BÈGUE âgé de 25 ans épousait la jeune créole mulâtresse Jeanne TESSIER âgée de 13 ans et demi. A cette époque il n’était pas rare que des filles de 11,12,13 ans fussent mariées, le manque de femmes se faisant tellement ressentir.
Yves LE BÈGUE s’établit donc à St Denis et eut 15 enfants en 25 ans de mariage : 11 fils et 4 filles. Néanmoins seuls 6 enfants se marièrent eurent une descendance.

Yves LE BÈGUE devint par mariage puis par acquisition un riche propriétaire terrien dans le Nord et l’Est de notre île.

En 1735, il possédait 23 esclaves, une concession de102 hectares de terres , élevait des cabris, cochons, poules, oies et canards et il produisait des fayots ou grains, du riz et du mil. Il cultivait aussi 8.000 caféiers en production et 3.500 autres jeunes pieds.

La famille prospéra et les enfants se marièrent.

    Michel l’ aîné épousa une fille de St Paul Marie-Thérèse TÉCHER fille de Manuel TEIXIEIRA de MOTTA Indo-portugais 1er habitant dela Possession. Ce sont leurs petits-fils Spire, Michel III et Dronsin BÈGUE qui entre autres feront souche dans le sud vers St Pierre et donneront les BÈGUE.

    Pierre fera souche sur Ste Rose tandis que Jean et René LE BÈGUE eux ont fait souche entre Ste Marie et St André.

    Une des branches de Saint-André avec Yves Denis fut à l’origine de l’établissement des BÈGUE dans le Cirque de Salazie dans les années 1840 et de là probablement vers le Cirque de Mafate accessible par le Col des Bœufs et celui de Fourche, soit dans un souci de désenclavement des hauts, soit faute d’avoir des terres à cultiver pour subsister.

Le nom de BÈGUE s’est ainsi répandu dans le Cirque de Mafate comme cela avait été le cas dans le reste de l’ Ile. Les paroisses à BÈGUE sont surtout St André, St Benoît, St Pierre, Ste Suzanne et Ste Marie. Les branches de St Pierre ont été particulièrement prolifiques et se sont alliées à de nombreuses familles comme les BOULANGER, HOARAU, PAYET etc..
Parmi les descendants d’Yves LE BESQ ou LE BÈGUE, notons parmi tant d’autres : Emilien ALBANY industriel de St André, Roger PAYET Président du Conseil Général, un maire de St Benoît David MOREAU et son frère le sénateur maire de Bras Panon Paul MOREAU et votre serviteur.

Notons que le patronyme de  BÈGUE n’a rien à voir avec les patronymes s’en rapprochant comme BÈGUÉ originaire de Trie sur Baïse dans les Hautes Pyrénées que l’on retrouve à l’ Ile de France ou Maurice vers 1805 et Rodrigues ou encore BÈGE arrivé dans notre île vers 1793 originaire de St Sulpice les Feuilles en Haute-Vienne et enfin BÈGA originaire de Ste Menehoulde en Marne Champagne Ardennes venu dans notre île vers 1798.

Une anecdote pour terminer. En 1848 vivait à Quartier Français un certain Cyrille Clovis BÈGUE, vieux créole blanc aux yeux bleus réputé pour son autoritarisme et sa suffisance. Il était très cruel avec ses esclaves et les rapports de police le prouvent. Il avait une grande propriété de plusieurs hectares de terres sur lesquelles coulaitla petite Rivière St Jean au point de faire par endroits des cascatelles ou cascades. Il a décidé alors comme tant de gros propriétaires de l’époque de s’affubler d’un surnom ronflant et se faisait appeler M. BÈGUE des CASCADES, comme on avait eu PANON DESBASSAYNS ou CADET DUROCHER ou PAYET DUBUISSON.

 

Patrick ONÉZIME-LAUDE

Président du Cercle Généalogique de Bourbon

Novembre 2006 RFO