Les noms de
famille d’origine indienne à la Réunion.
Si au début à Bourbon-La Réunion, il y
eut une profusion de patronymes européens, par la suite d’autres patronymes
sont apparus et dimanche dernier, je vous parlais des noms de famille des affranchis
d’avant 1848 et de leur origine. J’aurais dans l’avenir des occasions d’y
revenir.
Aujourd’hui, je voudrai vous parler des
milliers de noms venus de l’Inde qui nous sont familiers à tous au sein de nos
familles ou de notre entourage.
Jean-Régis RAMSAMY-NADARASSIN que tout le
monde connaît a récemment écrit un excellent ouvrage intitulé « La
galaxie des noms malbar » que je recommande à ceux qui auront envie
d’en savoir plus.
Pour parler des noms d’origine indienne,
il est bon d’abord de présenter diverses étapes de l’arrivée des Indiens dans
notre île.
Tout d’abord il y eut entre 1675 et 1685,
ces 15 grand’mères indiennes portugaises
dont les noms ont bien sûr disparus du fait de leurs mariages avec les 1ers
colons. Rappelons quand même que ces patronymes étaient souvent d’origine
portugaise comme Monique PÉREIRA Madame CARON, Louise da FONSÉCA Mme VINCENDO
puis DALLEAU, ou Andrèse TEIXEIRA
devenue Dame MAILLOT, Marguerite TEIXEIRA sa fille épouse ROYER, Sabine RABELLE épouse LAUTRET,
Félicie VINCENTE épouse LAURET, Geneviève MILA épouse de Guillaume BOYER. Mais
aussi des noms donnés dans les colonies portugaises aux nouveaux convertis et
souvent en rapport avec la religion comme HÉROS, MISA, dos ROSARIOS épouses
RIVIÈRE, COLLIN, LEBEAU et GUICHARD. Des dizaines de milliers de créoles ont
donc dans leurs veines quelques gouttes de sang de ces grand’mères indiennes
portugaises
Ensuite, nous pouvons considérer les plus
anciens patronymes indiens ou malbar de notre île relevés dans les recensements
entre 1735 et 1785 tels que CHARIAPA CHAVRIA, CHAVRIMOUTOU, TANDRAYA ou
TANDRIA, TAOCHY, VIRAPA.
Beaucoup de ces indiens libres
sont venus sous MAHÉ de LABOURDONNAIS des comptoirs français de l’Inde :
Pondichéry, Yanaon, Karikal, Mahé ou encore d’autres lieux comme Madras,
Nagore, du Bengale ou de Sourate et Bombay. Ils étaient des travailleurs à
talent, maçons, bijoutiers, orfèvres, charpentiers. Ces noms de famille ont
difficilement survécu.
Enfin, les noms « malbar » que l’on connaît aujourd’hui sont
surtout des patronymes des engagés
établis dans notre île entre 1828 et 1901, ceux de personnes venues à l’époque
de l’engagisme. Ici à la Réunion nous n’avons pas la même conscience que l’on
possède à l’Ile Maurice, celle d’une origine télougou, tamoule, bengalie,
gujrati ou marathi pour ne citer que ces régions pour les noms de famille.
Seule une étude ou une recherche approfondie pourrait permettre à un profane
d’en savoir plus. En effet quand un malabar remonte sa généalogie, il arrive
inévitablement sur un engagé ou une engagée venue de l’ Inde qui souvent n’a
qu’ un numéro matricule et est souvent dit né(e) en Inde de parents inconnus
sans plus d’information. Dernièrement, j’ai découvert que dans leurs actes de
mariage certains tamouls (et même des chinois) avaient un père mais pas de
mère, exemple Solé OPOULA, fils de Solé, Samy SELLAMOUTOU, fils de Sellamoutou,
Danadou SOUBOUDOU, fils de Souboudou.
Autre constat, les patronymes tamouls ou
malbar ont parfois une origine surprenante. Certains viennent du prénom ou nom
unique de femmes indiennes qui le transmettaient à leurs enfants naturels.
Ainsi des noms comme ARAYE, VIRAYE, SANDANOM ou MOUNIAMA, VIRAMA proviennent
des prénoms tamouls typiquement féminins.
Je parlerai aujourd’hui du nom PANIANDY.
Les familles de ce nom peuvent provenir
de plusieurs souches parfois sans lien de parenté entre elles. Il y a Kichenin
PANIANDY arrivé dans l’ Ile en 1853 qui fut par la suite cultivateur de
vanille, ensuite Angama PANIANDY établi lui aussi dans la seconde moitié du 19ème
siècle. Un lieu-dit sur la commune de Bras-Panon porte le nom de PANIANDY.
Enfin une famille qui vécut ici à la
Réunion avant d’aller s’établir à Madagascar est issue de Paniandy né en 1864 à
Ste Suzanne, fils reconnu de Sodalémoutou PITCHIN indien engagé sur la
propriété de M. Albert de LAUNAY et de Viraye, indienne engagée, cultivatrice
sur les terres de Charles OLLIVIER. Reconnu par son père, il aurait dû
s’appeler Paniandy SODALÉMOUTOU ou Paniandy PITCHIN, pourtant il ne sera connu
que sous son seul prénom de Paniandy.
Domestique chez M. de LAUNAY,
Paniandy se maria jeune à une indienne Sandanom SAVOUDAMA qui lui donna au
moins quatre enfants. L’aîné Félix PANIANDY né en 1885 épousa une BELVISÉE dont le grand-père
affranchi très jeune en 1811 était l’enfant naturel de Louis MARSHALL, lui même
fils naturel reconnu de David MARSHALL, un capitaine de marine marchande
anglais prisonnier à Bourbon dans les années 1782/1784.
Un autre fils Lucien ira s’établir à
Madagascar dans les années 1920/30 à une époque où les Réunionnais pouvaient y
faire des affaires et réussir.
Les PANIANDY se sont alliés à des
familles tant d’origine indienne que créoles, comme les AROUMOUGOM, MANGUÉ
LATCHIMY, GAUVIN, VENDOME, MARIMOUTOU, TOUNIA, TURPIN.
Patrick ONÉZIME-LAUDE Président du Cercle Généalogique de Bourbon
Novembre 2006 RFO